Ausi come un saintuaire

Les armes et les corps saints dans quelques textes médiévaux des xiie-xiiie siècles

Sophie Albert (Paris IV)

À l’instar de plusieurs récits hagiographiques, les romans donnent à voir des armes transitant par des lieux de culte, ou bien gardées et vénérées « ausi richement come un saintuaire » ; expression topique sans doute, révélatrice néanmoins des rencontres possibles entre l’objet sacré et les attributs des guerriers. Prenant l’expression au pied de la lettre, l’exposé explore ces rencontres à travers des textes latins et vernaculaires des xiie–xiiie siècles. Il évoque d’abord le cas de textes cléricaux, telle la légende des armes de saint Michel étudiée par Armelle Le Huërou, figurant des armes sacralisées par le contact du saint ou de l’autel ; ces « bricolages », par lesquels les clercs composent avec l’ordre des bellatores, sont au service des intérêts de l’Église. Il rappelle ensuite l’exemple de la Queste del Saint Graal, où la transformation romanesque des armes en reliques vise à promouvoir une chevalerie dotée d’un rapport direct au sacré. Il se centre enfin sur le cas particulier du Roman de Guiron : les armes y revêtent un fonctionnement très proche de celui des reliques, lors même que ce roman met en place un système de valeurs résolument « mondain ». Évidentes métonymies du corps du chevalier, glorifiées ou humiliées en lieu et place de celui-ci, elles sont porteuses d’une virtus propre, positive ou négative, et véhiculent l’excellence ou la souillure.

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